Ex Drummer

Koen Mortier

Belgique

2007, 104 minutes

 

Vous pensiez avoir tout vu en matière de cinéma extrême, décapant et corrosif? Détrompez-vous. Rien ne pourra vous préparer pour faire face à l'assaut furibond et jubilatoire d'Ex Drummer. Le premier long métrage de Koen Mortier est un formidable crachat au visage du bon goût et de la décence. Adaptation de la prose controversée d'Herman Brusselmans, cette oeuvre choc est l'équivalent d'un marteau piqueur défonçant la morale et les tabous à coups répétés, hurlant sa haine d'un monde abject en état de décomposition. Extrêmement libre dans son déploiement éclaté et vertigineux, le récit narre la descente dans les bas-fonds de l'humanité d'un romancier qui accepte de joindre les rangs d'un groupe de punks dégénérés qui lui proposent de devenir leur batteur. À la recherche d'inspiration dans le déséquilibre, à la fois fasciné et dégoûté par cet univers grouillant dans le sordide et la déjection, il accepte de s'unir à ces paumés qui revendiquent leurs tares physiques et psychologiques avec fierté. Alors que l'équipée grotesque se prépare pour un concours rock, il bascule lui-même dans la déchéance en compagnie de ses nouvelles et fort peu fréquentables connaissances.

 

Soyons clairs : les âmes sensibles feraient mieux de passer outre cette pépite sale, tordue et impénitente, d'une noirceur hystérique absolue, sinon elles en seront quittes pour être sérieusement choquées, voire offensées par le déferlement ininterrompue de monstruosités sans nom qui ponctuent cette virée anarchiste en territoire déliquescent. Tout y est : sexualité explicite, violence incessante, saillies gore, sévices de toutes sortes, agressivité verbale et des charges d'une sauvagerie absolue, réchappées par un humour dévastateur. Le film est déchaîné et se dirige dans tous les sens, mais ça fonctionne à la puissance dix, comme une sorte de miracle malsain qui agit à la manière d'une révélation. Il faut dire que Mortier a du style à revendre et qu'il filme avec une intelligence et un sens cinématographique inouïs. Des effets ingénieux contribuent merveilleusement à instaurer un effet cathartique et un sens d'étrangeté déstabilisante : des scènes filmées à l'envers, un personnage marchant sur le plafond de sa chambre, des juxtapositions d'images et des échanges verbaux d'une méchanceté défiant l'entendement, dans une sorte d'esbroufe qui multiplie les excès, avec une étonnante cohérence entre la forme - qui oscille entre l'innovation et l'inconvenance de manière presque expérimentale - et le fond, sans foi ni loi, irrévérencieux, impertinent jusqu'à l'insulte.

 

Brutal et obscène dans son illustration d'une violence et d'une sexualité totalement dépravées, ce cocktail molotov est une décharge nihiliste qui parviendra à offenser (ou à faire exulter) les plus endurcis des cinéphiles. Ex Drummer baigne dans un esprit iconoclaste excessif permanent, marié de manière virtuose à un intellectualisme déviant, barbare et misanthrope, tout en distillant une poésie décadente, d'une férocité absolue, en directe filiation avec C'est arrivé près de chez vous, dont il est un digne héritier. Il fonctionne également au premier degré, assumant ses velléités trash, fonctionnant comme une agression filmique primale, et carburant à même un humour ravageur. Filmée avec une grande audace formelle, portée par des dialogues époustouflants et par une trame sonore rock'n'roll à tout casser, qui va de Mogwai à Lightning Bolt en passant par Millionnaire, voilà une sérieuse découverte pour les cinéphiles amateurs de sensations fortes et d'expériences extrêmes, à faire passer Trainspotting pour de la purée pour bébés. C'est dégoûtant, insultant, radical, hilarant, irrécupérable et punk jusqu'à la moelle, mais diable, nous vous défions de trouver un objet plus original. Êtes-vous prêts pour une brique assénés en pleine figure? Voilà un vrai de vrai film culte en devenir. Vous aurez été avertis.

Lotus d'or

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