Ni neibian jidian (Et là-bas, quelle heure est-il?)

Tsai Ming-Liang

Taïwan

2000, 116 minutes

Beaucoup d'attentes pour ce film - et première occasion, tant attendue, de voir un film de Tsai Ming-Liang - et elles ont été comblées. Certains ont parlé de Et là-bas, quelle heure est-il?  comme d'une oeuvre mineure dans la filmographie de Tsai Ming-Liang : je ne puis me prononcer là-dessus. Une chose est sûre : ce film est une perle. Rendant hommage à la Nouvelle Vague française, à Truffaut et aux Quatre Cents Coups en particulier - on en voit des extraits, et Jean-Pierre Léaud vient faire une courte apparition en forme de clin d'oeil - Tsai Ming-Liang s'attache à deux personnages, un jeune homme et une jeune femme. Le premier, vendeur de montres, vit avec sa mère incapable d'accepter la mort récente de son mari. La seconde, en voyage à Paris, expérimente la solitude, le choc des cultures et des langues. Nous voyons ces deux êtres vaquer à leurs occupations quotidiennes, rêvasser, errer : rien de plus, sinon quelques situations cocasses pleines d'un humour surprenant, qui établissent de curieuses correspondances entre ces deux êtres qui se connaissent à peine et qui sont à des milliers de kilomètres de distance l'un de l'autre. Pas d'histoire à proprement parler, mais un ensemble d'impressions, d'atmosphères, de situations qui finissent par composer un admirable tableau tout en finesse et en subtilité. Le rythme est lent mais porteur d'une véritable touche d'auteur que l'on sent à chaque instant, dans chaque plan magnifique de sobriété et de dépouillement. Les couleurs, les cadrages, sont superbes, et ce que réussit à capter Tsai Ming-Liang, c'est l'essence même du médium cinéma, qui transcende le réel et la fiction. Ce remarquable film taïwanais atteint ainsi un achèvement artistique d'une force tranquille et sereine, mâtinée d'étrangeté. Oeuvre mineure que celle-ci? Certainement pas.

 

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