Electric Dragon 80,000 Volts

Ishii Sogo

Japon

2000, 55 minutes

On réfère souvent à l'esprit punk : voilà un véritable héritier du mouvement. Sa plus récente oeuvre est une pure décharge de décibels délinquante et hystérico-ludique de 55 minutes, jouissive, anarchiste et rock'n roll. Dans ce film inclassable, au délire tordant et communicatif, Ishii Sogo, réalisateur de Gojoe, s'amuse comme un gamin dément avec des motifs punk, rock, bd, manga et chambara, aidé d'un bestiaire fascinant (lézards, dragons), brassant le tout dans l'extracteur à jus du cinéma expérimental le plus libre et irrécupérable. Dans ce patchwork inracontable et poétique, deux "êtres électriques" (?), l'un, Dragon Eye Morrison, guitar hero hystérique obsédé par la distorsion (Tadanobu Asano), l'autre, Thunderbolt Buddha, vengeur masqué (Masatoshi Nagase), frappés par la foudre dans leur enfance, entretiennent une relation surréaliste avec l'énergie électrique dont ils se nourrissent. Les deux énergumènes se traquent et se livrent combat dans une ville soumise à l'explosion de leur furie survoltée.

Electric Dragon 80,000 V. est un électrochoc en noir et blanc, aussi beau et sophistiqué que sale et débile, plein de splendides plans et images, qui résonne comme un cri primal et une séance de défoulement raffinée et intelligente, enrichie d'une fabuleuse symbolique. C'est un peu comme si Jean-Luc Godard avait rencontré les Boredoms, les Ramones ou Naked City (mon dieu que ça lui ferait du bien).

On sort de cet assaut, tour à tour contemplatif et hystérique, stimulé et excité au possible, au bord de la jubilation : voilà un vrai film culte, avec une direction photo superbe, des idées saugrenues et originales, un humour juvénile dévastateur et une trame sonore irrésistible. À écouter avec la musique dans le fond du tapis, entre amis : il acquérra toute sa dimension.   

Vu au Festival du nouveau cinéma 2001

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