Domani
Trame sonore de Battista Lena
Battista Lena est un guitariste de jazz de réputation internationale, qui a notamment travaillé avec Richard Galliano et Enrico Rava. Sur sa feuille de route, on retrouve également plusieurs compositions pour musiques de films, dont celle du film culte El Dia de la Bestia d'Alex de la Iglesia. Sa plus récente composition pour le cinéma, Domani, participe activement de cette interaction entre les musiques jazz et les textures plus proprement cinématographiques. Le résultat est tout simplement excellent, Lena proposant avec cet album inspiré une partition lyrique et mélancolique pleine de retenue, qui flirte avec des influences klezmer, tango et jazz à l'occasion.
La force du disque tient en grande partie dans la complicité qui s'établit entre les neuf musiciens à l'oeuvre sur l'album, à savoir, en plus de Lena lui-même à la guitare, Gianpaolo Casati à la trompette, Mosé Chiavoni et Gabriele Mirabassi à la clarinette, Luciano Biondini à l'accordéon, Enzo Pietropaoli à la contrebasse, Marcello Di Leonardo aux percussions, Marcello Sirignano au violon et enfin Giacomo Pecorella au violoncelle. Ces musiciens installent une belle cohésion d'ensemble. Les échanges et interactions entre instruments à cordes et à vent sont particulièrement réussies et apportent une efficacité remarquable à l'ensemble. Même Lena, dont le jeu de guitare discret et empreint de subtilité apporte une belle touche jazz feutrée, se fond dans l'ensemble et laisse beaucoup d'espace de manoeuvre aux autres musiciens. Ça donne un véritable jeu de groupe, duquel se démarquent le jeu superbe de Casati à la trompette, qui offre en quelques occasions de vibrants solos jazzés, ainsi que le travail sensible de Chiavoni et Mirabassi à la clarinette, qui apportent la vibrante touche klezmer. Sans oublier le jeu de Biondini à l'accordéon, qui apporte à lui seul un ton nostalgique très à-propos.
Musique de film, Domani n'en est pas moins un projet musical autonome à part entière qui ravira les jazzophiles. Très bien construit, l'album enchaîne pièces contemplatives et airs rythmés avec une harmonie qui ne se dément pas. Dès l'ouverture, avec le thème lyrique éponyme s'ouvrant avec accordéon et clarinette en avant plan, Lena installe une atmosphère triste et mélancolique qui n'est pas sans réminiscences du Nino Rota de La Strada. Il enchaîne immédiatement avec "Meco Teco", superbe pièce qui retravaille le thème à l'aide de la guitare et de la trompette qui viennent s'ajouter, le dirigeant vers des percées jazz et klezmer emblématiques des teintes musciales que prendra l'album dans sa première partie. La seconde partie de l'album, à la fois en rupture et en continuité, propose six suites intitulées curieusement "Ballets". Curieusement car si ballet il y a, celui-ci n'a rien de classique ou de guindé, puisque Lena et sa troupe poursuivent leur recherche à travers un éclectisme de styles étonnamment bien fusionnés en un jazz essentiellement doux et tranquille, à l'occasion plus rythmé. À ce titre, la "Ballet Suite no 4", indéniablement la plus surprenante de l'album, réserve quelques percées free très enlevées qui constituent les seuls moments plus énergiques et anarchiques de cet album très maîtrisé.
Un très bel album, que les fans de jazz feutré et légèrement teinté de sonorités klezmer et tango chériront.
SUR LE FILM
Francesca Archibugi est reconnue en son pays natal comme une documentariste de renom. Récipiendaire de plusieurs prix internationaux pour son travail, notamment aux festivals de Venise et de San Sebastian, elle poursuit également une oeuvre de fiction. Avec Domani, elle scrute les répercussions psychologiques d'un tremblement de terre sur les habitants d'une petite ville sans histoire d'Italie centrale.
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