Myortvye Docheri (Dead Daughters)
Pavel Ruminov
2007, 123 minutes
On l'attendait impatiemment, ce Dead Daughters. Avec des espoirs démesurés, sans doute. Une série d'affiches stylisées et une bande annonce prometteuse diffusées pendant des mois sur le Web avaient suscité un vif intérêt chez les amateurs de cinéma d'épouvante. Après l'essoufflement de la vague asiatique, le renouveau horrifique proviendrait-il de la Russie, un pays dont le cinéma de genre semble être en plein essor depuis quelques années? On avait bien envie de le croire. La table était mise avec cette histoire inspirée d'une légende urbaine voulant que les fantômes de trois petites filles hantent pendant trois jours des individus pris au hasard. Si ceux-ci se révèlent coupables de comportements jugés immoraux durant cette période, ils sont exécutés par ces spectres vengeurs dotés de télékinésie. Avec un tel concept, nous étions intrigués de voir la direction que prendrait un nouveau venu se réclamant de Kiyoshi Kurosawa.
Dès les premières minutes de ce film confus et bigarré, la baudruche se dégonfle : sommes-nous en train de nous faire asséner une version slave de Final Destination avec les pires excès de caméra épileptique piqués chez Blair Witch Project? Il semble bien que oui, hélas. Les concepteurs de cette oeuvre hétéroclite et poseuse se sont révélés fort doués dans l'art d'appâter les cinéphiles, mais beaucoup moins dans la création d'un long métrage cohérent. On râle de dépit tout au long de l'interminable première heure où se déploie maladroitement cette histoire de fantômes et de paranoïa, dans la plus totale anarchie scénaristique, en suivant les aléas d'un groupe de jeunes branchés banals et unidimensionnels qui sont convaincus d'être pourchassés par des fantômes menaçants. Les personnages n'ont rien de consistant à offrir, et le récit s'égare dans des avenues d'une platitude prononcée. Le gâchis sera évité dans une deuxième partie plus inspirée, où le cinéaste semble enfin trouver sa voie et son souffle, malgré quelques clins d'oeil humoristiques malvenus, en installant une atmosphère macabre ponctuée de quelques effets bien amenés. Mais c'est trop peu, trop tard, et le résultat, bien que traversé de quelques idées et concepts intéressants, n'en demeure pas moins frustrant, tape à l'oeil et embrouillé.
La déception est d'autant plus grande qu'il y a des qualités artistiques évidentes que l'on peut discerner ça et là au coeur de ce projet inabouti. Le jeune cinéaste Pavel Ruminov a très certainement du talent à revendre, et on devine qu'il a voulu sortir des sentiers archi battus du genre avec ce récit éclaté qui privilégie une certaine déconstruction et une exploration des rouages du cinéma fantastique, plutôt que d'offrir un énième slasher pour ados ou la sempiternelle bouillie réchauffée du J-Horror. Cette volonté est louable, mais elle échoue à cause de deux irritants majeurs : la multiplication d'effets stylistiques et l'éparpillement de la trame narrative dans toutes sortes de direction inintéressantes. Le cinéaste suscite l'exaspération en utilisant des techniques racoleuses de caméra à l'épaule de manière systématique et ampoulée, comme s'il cherchait désespérément à imposer sa griffe. Ce faisant, Ruminov noie son film dans un océan d'esbroufe renforcé par l'emploi de couleurs sursaturées et appuyé par des effets sonores convenus. Pour tout dire, il parvient à installer une ambiance au bout de la première heure, et à partir de ce moment, Dead Daughters offre quelques scènes substantielles et plusieurs images inspirées, où sa technique trouve enfin sa justification. Le film aurait nécessité un montage beaucoup plus serré - une quarantaine de minutes auraient pu être supprimées - mais aussi, une meilleure direction d'acteurs et surtout, des personnages mieux définis et une réécriture complète du scénario, laissé à l'état de croquis auquel manque cruellement une ligne directrice. Souhaitons que le cinéaste affine son métier et réduise sa propension à voir épater la galerie, car ce qu'il laisse entrevoir par moments renferme beaucoup de potentiel, mal exploité dans ce cas.