Day Night Day Night

Julia Loktev

États-Unis, Allemagne, France

2006, 94 minutes

Une adolescente est en route vers un lieu inconnu. Nous ne savons pas qui elle est, ni où elle va, ni pourquoi. Mais cette jeune fille anonyme a l'air bien déterminée et elle a des objectifs très précis. Elle semble être en mission. Bientôt, elle s'arrête dans une chambre d'hôtel. Des individus en cagoule lui ont donné rendez-vous. Quelque chose se prépare, et n'augure rien de bon.

On se gardera bien de révéler la suite de ce premier long métrage impressionnant de rigueur formelle, qui a remporté la Louve d'or du meilleur film de la sélection internationale du Festival du nouveau cinéma de 2006. Récompense largement méritée pour un baptême cinématographique sans concession, reflet de la paranoïa américaine post-11 septembre devant la menace d'attentats terroristes. Avec audace, Julia Loktev imagine des événements purement fictifs, dénués de toute référence temporelle ou à une cause politique identifiable, mais clairement contextualités dans un lieu symbolique à souhait. La démonstration n'en est que plus implacable et universelle. Avec un souci du détail ahurissant, la mise en scène expose minutieusement et froidement les faits et gestes de la jeune fille, que la caméra traque sans la quitter d'une semelle.

Incapable de comprendre ses motivations, privé de toute explication, le spectateur est ainsi placé dans un état de mystère et de tension accentué par le malaise de ce qu'il devine au fil des étapes de préparation qu'elle traverse. C'est ce dispositif pervers qui assure la réussite du film. Véritable tour de force, la réalisation repose entièrement sur le personnage sans nom ni identité incarné avec une grande justesse par la nouvelle venue Luisa Williams. À la manière du Rosetta ou du Fils, des frères Dardenne, dont elle s'est sans doute inspiré, rappelant également sous certains angles The Terrorist de Santosh Sivan, Loktev braque sa caméra sur la jeune fille, avec force gros plans, dans une posture cultivant l'ambiguïté, entre voyeurisme et capture solennelle évoquant la figure d'une héroïne sacrificielle. Malgré quelques longueurs en toute fin de parcours, il en résulte une oeuvre culottée et jusqu'au-boutiste, au parti pris esthétique radical et austère, qui nous laisse troublé et pensif. Pari réussi, donc, et remarquable travail formel.

Vu au Festival du nouveau cinéma 2006

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