Das Leben der Anderen (The Lives of Others)
Florian Henckel von Donnersmarck
2006, 137 minutes
Premier long métrage impressionnant de maîtrise, Das Leben der Anderen marque les débuts d’un autre jeune cinéaste allemand de talent, qu'il faudra suivre de près au cours des prochaines années. Son baptême cinématographique est une oeuvre ambitieuse qui reconstitue l'atmosphère de persécution, de délation et de surveillance de l'Allemagne communiste des années quatre-vingt, plus particulièrement du côté des intellectuels et des artistes, continuellement suspectés de fomenter des complots contre le régime de la RDA. En contrepoids au phénomène actuel de l'Ostalgie, dont le film le plus emblématique et le plus connu est le délicieux Goodbye Lenin, Florian Henckel von Donnersmarck propose un film au ton grave et à l’approche classique qui, loin de regretter et de magnifier cette époque révolue, met plutôt en lumière les activités de la Stasi – la police de la RDA, dont les méthodes s'apparentent à un véritable big brother – ainsi que les conséquences tragiques de l’abus de pouvoir des autorités sous le rideau de fer. Cette époque a été peu abordée par le cinéma allemand jusqu’à maintenant, sinon sous un angle nostalgique, et Das Leben der Anderen a le mérite de rectifier le tir et d’offrir une œuvre sobre, critique et inspirée sur le sujet.
Ouvertement placé sous un angle politique, le scénario se concentre sur quelques personnages emblématiques, en suivant le destin tragique d'un couple qui est placé sous écoute : lui (Sebastian Koch), dramaturge et metteur en scène honni par le pouvoir en place, et elle (Martina Gedeck), actrice qui subit le harcèlement d’un homme influent du parti. Leur vie est scrutée à la loupe par un lieutenant exemplaire de la Stasi (Ulrich Mühe, révélé dans le dévastateur Funny Games, qui trouve sans doute ici un des rôles déterminants de sa carrière), qui est chargé de leur surveillance, et qui est ainsi plongé en secret au cœur de leur intimité.
Fort d'un scénario remarquable et d'une reconstitution historique riche en détails - la présentation du fonctionnement interne de la Stasie et des milieux intellectuels de l'époque est particulièrement crédible et réussie - Das Leben der Anderen offre également de solides performances d'acteur ainsi qu'une réalisation stylisée, marquée par l'influence du film noir, mais de manière discrète et sans effets inutiles, laissant toute la place au déploiement du récit et aux conflits entre les personnages. Le film n’évite pas une certaine emphase mélodramatique, en particulier au cours de la dernière partie, un peu trop appuyée. Mais il est rare de se retrouver devant une première oeuvre aussi percutante et achevée. Nul doute que Das Leben des Anderen plaira à un large public cinéphile.