Daratt
Mahamat-Saleh Haroun
Tchad / France / Belgique / Autriche
2006, 96 minutes
Sommé par son grand-père de retrouver l'assassin de son père, tué lors de la guerre civile tchadienne, un adolescent de 16 ans part à la recherche du coupable. Il ne tarde pas à le trouver, mais il découvre également que celui-ci a une femme et un enfant et qu'il mène une vie bien rangée, entre ses visites à la mosquée et son travail de boulanger. Le jeune homme devient son apprenti, gagne sa confiance et prépare sa vengeance. Y parviendra-t-il?
Cette belle fable au rythme très lent et au style dépouillé et hyperréaliste aborde avec beaucoup de subtilité et d'intelligence les thèmes conflictuels de la vengeance et du pardon. Refusant tout artifice et tout débordement dramatique, le cinéaste expose avec parcimonie et retenue les détails de l'approche de l'orphelin, faite d'hésitations, de colère, de fascination et d'envie. La complexité de la relation qui en résulte, faite de haine et de liens qui reproduisent la relation père-fils, ne sont pas sans rappeler le travail des frères Dardenne dans Le Fils. Comme ces derniers, Mahamat-Saleh Haroun se concentre sur la dimension humaine de ses personnages, en évacuant toute forme de sensationnalisme. Son regard privilégie l'analyse psychologique et une très fine étude sociale, rehaussée d'éléments symboliques discrets mais efficaces (le pain, le mutisme du coupable, ayant perdu la parole des suites d'une blessure à la gorge). Un film exemplaire, qui fait face aux douleurs issues du passé pour mieux tendre vers la réconciliation.