Cristóvão Colombo - O Enigma (Christopher Colombus - The Enigma)
Manoel de Oliveira
2007, 70 minutes
Le doyen du septième art est un travailleur absolument infatigable. Depuis 1990, pas une année n'est passée sans que Manoel de Oliveira ne réalise un long métrage. À 98 ans bien sonnés, il persiste et signe avec Christopher Colombus - The Enigma, dans lequel il fait lui-même une apparition en tant qu'acteur, aux côtés de sa femme, Maria Isabel de Oliveira. Le cinéaste y incarne un homme de science et historien qui cherche à prouver que Christophe Colomb était en fait d'origine portugaise. Le film s'articule entièrement autour de cette quête historique dont on ignore si elle repose sur de véritables fondements ou si elle n'est que pure invention farfelue. On se rappellera que le cinéaste avait déjà exploité un thème similaire dans Le Couvent, en 1995, partant du canular voulant que Shakespeare soit espagnol, avec des résultats qui étaient beaucoup plus intéressants et élaborés. Cette fois-ci, la démonstration est l'occasion pour Manoel de Oliveira d'étayer son érudition culturelle fortement teintée de patriotisme pro-portugais. On aura ainsi droit à un inventaire de tout ce que les Portugais auraient découvert ou inventé, à commencer par l'Amérique.
Le film prend la forme d'un parcours dans le passé ainsi que d'un pèlerinage en des lieux évocateurs, d'abord dans une Amérique noyée dans le brouillard, puis dans son propre pays. Comme toujours, les statues fascinent le cinéaste, qui les filme avec un grand sens du mystère et de la mélancolie. Hormis cela, toutefois, il y a ici très peu à se mettre sous la dent cinéphile. Si la longévité et la créativité prolifique du maître cinéaste portugais sont vivement impressionnantes et imposent le respect, en revanche il faudra avouer que nous sommes devant une oeuvre mineure de sa filmographie, dont on extraira bien peu de pertinence en dehors de notre curiosité de voir le cinéaste et sa femme à l'écran. Cet élément vaut à lui seul le visionnement, en particulier lors d'un témoignage d'amour émouvant, que Maria Isabel de Oliveira offre à son mari, devant la caméra. Moment touchant, donc, malgré les limites manifestes d'un film presque bancal, sauvé par le plaisir attendri de voir ces deux êtres qui creusent le sillon de la mémoire et de l'appartenance culturelle.