Chasing Sleep
Michael Walker
2000, 104 minutes
Disciple avoué de David Lynch et de Roman Polanski, Michael Walker signe un premier long métrage tout simplement remarquable avec Chasing Sleep. Sorte de huis clos symbolique, onirique et métaphorique dont l'action se déroule entièrement dans la maison d'un homme en proie une forte paranoïa provoquée par des problèmes chroniques d'insomnie - il doit signaler à la police la disparition de sa femme, qui n'est pas rentrée du travail et dont il n'a aucune nouvelle - le film explore avec une étonnante finesse et retenue les registres de l'étrange, du bizarre et du psychologique délirant, avec des percées progressives du côté du fantastique et de dérapages macabres contrôlés. Le film est ouvertement placé sous l'influence de quelques-unes des oeuvres clés du genre, avec des références explicites à Eraserhead et à Lost Highway de David Lynch, à Repulsion et au Locataire de Polanski, jusqu'au Barton Fink des frères Coen, qui feront le délice des cinéphiles. Chasing Sleep assume cet héritage avec brio et parvient à trouver sa propre originalité.
Le grand mérite du film réside dans son refus de l'explication linéaire et rationnelle, ce qui ouvre toute grande la porte à une série d'interprétations et d'analyses que peut susciter une oeuvre aussi cohérente et maîtrisée, mais en même temps évanescente et fuyante. Véritable plongeon dans la psyché d'un personnage en crise - dont la maison est le puissant symbole psychanalytique, utilisé avec un sens de l'évocation incroyable par le cinéaste - Chasing Sleep repose sur un scénario qui refuse de suivre les codes traditionnels du thriller psychologique pour mieux nous perdre dans le labyrinthe mémoriel et affectif de cet homme interprété par un Jeff Daniels méconnaissable, qui relève le défi de ce projet difficile et audacieux et offre une interprétation renversante. Voilà un brillant exercice sur l'étrange qui échappe à tous les créneaux du genre et qui offre de multiples niveaux de lecture. Michael Walker, digne héritier de l'univers de Lynch et de Polanski, signe un premier film fort singulier, qui l'établit comme un cinéaste à suivre de près.