Cartouches gauloises
Mehdi Charef
2007, 92 minutes
Cartouches gauloises est un récit autobiographique du cinéaste Mehdi Charef, une oeuvre ambitieuse qui prend la double forme d'une évocation nostalgique de son enfance et d'une reconstitution des horreurs ayant marqué l'Algérie sous occupation française, plus particulièrement lors de la guerre menant vers l'indépendance. Concentré au cours de l'été 1962, tout juste avant que le pays ne soit déclaré indépendant, le film est tout entier construit autour du personnage de Ali (le petit Mohamed Faouzi Ali Cherif, au jeu unidimensionnel et prostré), un gamin de onze ans qui distribue des journaux. Cette situation lui permet d'avoir ses entrées partout dans la ville. Il assiste ainsi à toute une série d'événements tragiques, avec comme toile de fond la résistance et le terrorisme algériens, l'occupation française, la terreur militaire imposée par les soldats français et le climat de panique des colons de l'Hexagone, qui fuient en grand nombre. Ali se lie d'amitié avec plusieurs de ces enfants blancs, et la naïveté de leurs jeux puérils et de leurs liens sera marquée par le climat de tension ambiant.
Il est difficile de trouver à redire face à une oeuvre aussi empreinte d'humanité et portée par une nécessité historique aussi indéniable que celle-ci. Mais de toute évidence, le cinéaste Mehdi Charef a effectué une série de mauvais choix avec ce film qui se voulait à la fois personnel et éducatif, mais dont le résultat s'avère bien en deçà du formidable potentiel du projet. D'abord, la structure du film le dessert sérieusement. Ayant choisi l'angle du récit d'apprentissage, Charef se sert de son personnage principal comme pivot dramatique de la totalité des scènes du film. Au fil de ses déambulations, Ali est ainsi le témoin de tous les événements qui ponctuent le déroulement de l'histoire. Le fait que ce jeune garçon soit miraculeusement présent aux quatre coins de la ville et des environs à chaque fois qu'un drame s'y joue, est évidemment aussi hautement invraisemblable que terriblement redondant. L'enchaînement des situations souffre également d'un manque flagrant de progression dramatique. Un événement suit l'autre sans aucun souci de gradation ou d'harmonisation, donnant à l'ensemble un aspect aléatoire et décousu qui nuit considérablement au rythme du film. On a l'impression que Charef a voulu tout évoquer de l'Algérie coloniale en un seul film, ce qui explique la succession beaucoup trop rapide de scènes très courtes, dont l'impact dramatique est désamorcé par un montage effréné et dénué de la moindre considération d'ensemble. Certaines scènes fortes en souffrent énormément, leur effet étant annihilé par le traitement expéditif de chacune d'entre elles. En voulant nous émouvoir et témoigner de toute l'horreur de l'époque, Charef noie son propos, et obtient l'effet contraire que celui souhaité.
On pardonnerait la faiblesse de la réalisation, si l'émotion était au rendez-vous. Ce n'est malheureusement pas le cas. On se surprend à rester de glace devant un nombre incalculable de moments tragiques et d'horreurs sans nom. Le cinéaste a le mérite d'avoir refusé d'utiliser une approche lacrymale et mélodramatique avec effusion de sentiments. Mais il aura basculé dans l'excès contraire. Distancié et terriblement démonstratif, le ton est d'une lourdeur académique ennuyeuse et impersonnelle. L'interprétation est à l'avenant. Et c'est là que la bât blesse particulièrement. Le film repose sur la performance de nombreux jeunes acteurs. Ceux-ci se révèlent incapables de nous faire croire à leurs personnages. Leur jeu figé, faiblard et passif témoigne d'un manque de profondeur et de nuances, tandis qu'ils restent prisonniers d'un nombre extrêmement limité d'expressions monolithiques. À trop vouloir en montrer, s'appuyant sur un registre convenu dont les mécanismes sont évidents, Cartouches gauloises rate sa cible et nous laisse de marbre. Dommage.