But I'm a Cheerleader

Jamie Babbit

États-Unis

1999, 85 minutes

Film indépendant de la cinéaste américaine Jamie Babbit, But I'm a Cheerleader est une sympathique comédie kitsch-bonbon avec un propos corrosif, qui aborde la question de l'homosexualité sous un angle singulier. Lorsque les parents d'une jeune fille de banlieue bien ordinaire croient déceler dans ses comportements d'inacceptables tentations homosexuelles, ils l'envoient dans une maison spécialisée chargée de ramener les pauvres âmes égarées vers le droit chemin, c'est-à-dire vers l'hétérosexualité et des comportements en accord avec leur sexe (féminité et masculinité bien distingués). "Straight is great, don't be gay", clament ces gourous de "True Directions" qui veillent à ramener un groupe de jeunes garçons et de jeunes filles vers des rôles et des valeurs dites "traditionnelles". Mais ils n'auront pas la tâche facile...

Parti de ce sujet tout à fait original et très prometteur, basé sur une tendance hélas bien réelle et très active encore de nos jours chez nos voisins du Sud (le refus de la différence et la négation de la diversité) et sur des expériences semblables bien réelles, Babbit a concocté une sorte de parodie de cinéma pour adolescents, comme si le film rencontrait le cinéma indépendant américain, Happy Days et Grease revus par Todd Solondz et John Waters en quelque sorte, avec en prime une charge contre l'obscurantisme anti-gay et un évident parti pris pour la diversité sexuelle, traité toutefois sans lourdeur, avec beaucoup de spontanéité, d'énergie et d'humour.

Les principales qualités de ce film résident dans sa direction artistique, son sens consommé du kitsch et de la pacotille du camp de rééducation (le côté Barbie et Ken des décors, costumes, activités et accessoires qui accentuent la puérilité et la stupidité de cette pseudo thérapie sexuelle pour adolescents) et dans sa dimension ouvertement satirique. Là résident aussi ses limites et les défauts de l'entreprise, puisque passé un début féroce, le film se cantonne ensuite dans l'emploi de stéréotypes gais qui restreignent la portée et la force d'impact du film. 

Par son sujet (l'homosexualité) et par son traitement (le camp de rééducation pour "déviants"), le film se veut provocateur et irrévérencieux. Dans les faits, l'ensemble reste assez politically-correct et caricatural. On aurait souhaité voir quelque chose de plus... sulfureux. But I'm a Cheerleader reste le plus souvent sagement du côté d'un érotisme soft et convenu. Si le film décoche avec bonheur plusieurs flèches en plein coeur de l'étroitesse d'esprit de l'Amérique profonde, il faut dire que Babbit enfonce des portes ouverte (Waters le fait avec beaucoup plus de verve et de méchanceté depuis trente ans déjà) et le fait avec un bonheur inégal. On aurait aimé que son film soit plus bête et méchant qu'il ne l'est. Or après un début assez incisif, But I'm a Cheerleader s'essouffle un peu et multiplie situations convenues et gags faciles. Lorsque le scénario fait dévier le film du côté d'aspects plus dramatiques (comme une histoire d'amour homosexuelle), ce n'est guère mieux, et le film a le vilain défaut d'aborder avec une trop grande nonchalance un sujet propice au scandale et à la polémique. L'un des problèmes du film réside dans l'écriture, la plupart des personnages demeurant au niveau d'esquisses et de types primaires et peu nuancés (la bigote, la folle, le complexé, la nymphomane, etc.)

Pensez au côté rose-bonbon de Ma vie en rose et de Edward Scissorhands, moins la profondeur des films de Alain Berliner et de Tim Burton. On est très très près aussi de Hairspray et de Cry Baby de John Waters, qui est de toute évidence l'influence numéro un de Jamie Babbit, mais les gags sont moins forts et moins axés sur la vulgarité. Le spectre de Todd Solondz et de Welcome to the Dollhouse se manifeste également à l'occasion, mais sans la noirceur dévastatrice de ce dernier. Quelques bonnes idées et un sujet en or ne suffisent pas pour faire de But I'm a Cheerleader un film mémorable, mais on savoure tout de même de cette satire naïve et sans prétention, et le film vaut certainement un visionnement vidéo. On rêve toutefois de ce qu'auraient pu faire un John Waters ou un même un Pedro Almodovar avec un tel sujet.

 

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