Baixio das Bestas (Bog of Beasts)

Cláudio Assis

Brésil

2007, 80 minutes

Extrait des carnets du Festival du nouveau cinéma 2007

Le cinéaste brésilien Claudio Assis sort la tronçonneuse et assène des coups répétés à notre confort cinéphile avec ce brûlot provocateur et amoral qui bousculera les plus endurcis des spectateurs. Transgressif et nihiliste jusqu'au malaise, Bog of Beasts est une plongée désespérée et complètement sordide au coeur des ténèbres d'un petit bled perdu quelque part au Brésil, où la violence, la prostitution, l'alcoolisme, des rapports sexuels totalement dépravés et humiliants et des jeux d'une cruauté absolue composent les relations que les habitants, jeunes comme vieux, établissent entre eux. Perdue parmi un océan de pervers et d'agresseurs autour duquel s'articule le récit, à la forme très libre, une adolescente timide et ingénue de seize ans suscitera la convoitise des hommes, ramenés au niveau de la bête. Son grand-père manipulateur et détestable excite les désirs des obsédés de la région en l'exhibant aux camionneurs du coin afin de faire un peu d'argent. On devine bien vite que la situation risque de dégénérer - et lorsque ce sera le cas, inévitablement, ce sera d'une laideur et d'une atrocité qui ne se traduisent pas en mots.

 

Pas l'ombre d'une note d'espoir ou de répit ne surgira de ce portrait glauque et consternant. Véritable assaut barbare qui nous prend par la gorge avec une furie pétrifiante, Bog of Beasts est aussi impitoyable envers ses personnages que ses spectateurs, qu'il malmène simultanément avec une assurance et une virulence implacables. Une mise en scène somptueuse et ample, lyrique et tellurique par moments, agit en contrepoint avec l'univers bestial qui s'y déploie. Le style majestueux de la mise en scène n'en est que plus troublant. On pense à Bruno Dumont ou à Gaspar Noé, tant en raison de l'affront sensoriel que de la virtuosité de la composition des plans, mais Claudio Assis possède son style bien à lui, d'une sensualité torride mais qui bascule irrémédiablement dans l'horreur sans nom. Bog of Beasts n'est certainement pas à mettre entre toutes les mains, tant il regarde en pleine face ce qu'il y a de plus innommable et de condamnable chez l'humain. Soyez avertis : viols, brutalité insoutenable et misogynie rampante sont au menu. Pour qui est capable de ne pas se fermer les yeux devant un tel tableau, il y a là une vraie découverte cinématographique, dont on ne sort pas indemne. Âmes sensibles s'abstenir.

Vu au Festival du nouveau cinéma 2007

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