2:37

Murali K. Thalluri

Australie

2006

Curieux cas de figure que ce premier long métrage d'un jeune cinéaste âgé d'à peine 21 ans lors de la projection, fort remarquée, du film à Cannes. 2:37 reprend la structure fragmentée et répétitive ainsi que le style poétique du Elephant de Gus van Sant, revisité sous un angle plus réaliste et cru, à des fins thérapeutiques personnelles. Cette variante en forme de coup de poing du chef-d'oeuvre de Gus van Sant reproduit la démarche artistique de son modèle jusqu'au malaise, tout en plongeant tête baissée dans une une description bouleversante de la vie quotidienne d'adolescents qui vivent de graves problèmes psychologiques. L'approche frôle par moments la caricature, mais on ne saurait nier la puissance d'évocation de ce portrait d'une jeunesse en déroute, ainsi que l'impressionnante maîtrise technique du film

Avec une entrée en matière brutale marquée par un suicide violent exposé sans ambages. Thalluri ne fait aucun secret du drame dont il est question, et qui motive sa démarche de cinéaste - en réalisant ce film, le jeune homme tente d'exorciser le suicide d'un ami ainsi que ses propres tentatives d'en finir avec la vie. Construit sous forme de longs flashbacks relatant la séquence des événements ayant mené à l'heure fatidique de la tragédie, le récit dresse le portrait de six adolescents tourmentés, chacun représentant un mal-être emblématique de la jeunesse (drogue, homosexualité mal assumée, persécution, inceste, etc.) Le constat du malheur généralisé de tous ces jeunes blessés et incompris est certes appuyé à l'extrême, et il n'évite pas un certain côté racoleur et mélodramatique, aisément pardonnable en vertu de la jeunesse de son auteur et de la sincérité évidente de ce cri du coeur.

Car malgré ses défauts, ce portrait d'une noirceur étouffante remporte notre adhésion. Au niveau esthétique, le pari quasi insensé de la reproduction du style d'Elephant est effectué avec beaucoup de doigté. L'emploi de la steady cam, l'ingéniosité du traitement sonore et la multiplication des mêmes scènes reprises sous plusieurs angles différents, comme dans le film de van Sant, sont remarquablement effectués et en parfaite harmonie avec le projet de Thalluri. De nombreuses entrevues imitant le style du témoignage documentaire, présentées en noir et blanc, viennent également entrecouper les scènes narratives, et permettent à 2:37 de se démarquer de son modèle initial. Ayant l'occasion de s'exprimer, les personnages sont ainsi beaucoup plus développés - et par le fait même, ils deviennent plus attachants que les adolescents d'Elephant. Les jeunes acteurs tirent très bien leur épingle du jeu, malgré un côté un peu poseur.

En somme, il s'agit là d'une variation épidermique et digne de mention sur le thème des affres de l'adolescence, explorées de l'intérieur avec authenticité et une grande sensibilité. Reste à voir si le jeune cinéaste saura récidiver avec autant d'aplomb, après ce projet où il s'est manifestement investi avec un degré d'émotion immense.

 

Vu au Festival du nouveau cinéma 2006

 

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