13 Tzameti
Gela Babluani
France / Géorgie
2005, 86 minutes
Rares sont les films qui suscitent une impression aussi forte et qui créent un effet aussi indélébile. 13 Tzameti est de cette trempe. Ce premier long métrage couronné de multiples récompenses, notamment à Venise et à Sundance, constitue une véritable révélation. Machiavélique et fort d'une mécanique aussi rigoureuse qu'implacable, le film expose les mésaventures d'un jeune ouvrier qui s'immisce par mégarde dans une histoire qui ne le concerne pas et qui lui réservera de bien étonnantes surprises.
En dire davantage risquerait de gâcher le plaisir du spectateur, tant la réussite éclatante de ce thriller d'un noir absolu repose en grande partie sur un effet de choc et de surprise dont l'impact sera décuplé si le spectateur le reçoit en étant resté vierge de tout renseignement sur le film. Aussi, gardez-vous bien de lire quoi que ce soit sur 13 Tzameti avant de le visionner.
On se contentera donc ici de saluer ce joyau noir et blanc totalement diabolique et dévastateur, dont le style à la fois raffiné et austère convoque les motifs du film noir français (Henri-Georges Clouzot et Le Corbeau en tête) ainsi que l'esthétique et l'ambiance d'un certain cinéma russe. Avec sa direction photo époustouflante, une interprétation de la plus haute tenue par l'ensemble des acteurs et un scénario aussi tranchant que la lame d'un couteau, 13 Tzameti fascine tout autant qu'il prend aux tripes. Le film fonctionne à la fois en tant que thriller jusqu'au-boutiste et sans concession et comme une allégorie politique sombre et foudroyante sur les thèmes du pouvoir et de l'appât du gain. À ne manquer sous aucun prétexte.