13 game sayawng (13 Beloved)
Chookiat Sakweerakul
2006, 110 minutes
Ça ne va pas bien du tout pour Phuchit, un honnête travailleur qui traverse une journée éprouvante. Phuchit est criblé de dettes, et son patron vient tout juste de le renvoyer. Mais par un hasard incroyable, son cellulaire retentit et un inconnu lui propose de participer à un jeu de télé-réalité qui pourrait lui permettre de gagner 100 millions de bahts (environ 3 millions de dollars). Mais pour ce faire, il doit accepter d'accomplir une série de 13 épreuves dictées par téléphone. S'il rate l'une d'entre elles, il perd tout. Attiré par l'appât du gain, Phuchit accepte. La première épreuve est toute simple : il suffit d'écraser une mouche. Mais la suite ira en crescendo, et deviendra beaucoup plus problématique sur le plan physique, puis moral.
Ce deuxième long métrage réalisé par un très jeune cinéaste thaïlandais âgé d'à peine 25 ans était l'un des films les plus attendus de Fantasia 2007, les organisateurs ayant créé une "hype" du tonnerre en annonçant ce film comme l'un des meilleurs - sinon le meilleur - de toute la programmation de cette édition. Le public a d'ailleurs répondu avec beaucoup d'enthousiasme en récompensant 13 Beloved du Fantasia d'or du meilleur film asiatique du festival. Fort de ce succès retentissant, le film est-il à la hauteur de la rumeur d'enfer qu'il a suscitée? Pas tout à fait. Mais la randonnée a suffisamment de moments forts et de bonnes idées pour demeurer digne d'intérêt.
Au cours de sa première heure, 13 Beloved offre un divertissement pasionnant et provocateur, tout en frappant ses cibles avec justesse, en abordant son sujet sous l'angle d'une cinglante comédie sociale qui effectue une délicieuse satire du phénomène de la télé réalité et de la société thaïlandaise. Les premières épreuves misent largement sur l'aspect révulsif et dégoûtant des actes à accomplir - on les taira pour laisser au spectateur le plaisir de les découvrir et de les "déguster" - avant de glisser progressivement vers des avenues plus sombres et macabres, qui ne sont pas sans évoquer les énigmes de la franchise des Saw. Ainsi, cette variante critique et noire de Fear Factor est lentement subvertie par une angoisse sourde et un climat de tension paranoïaque qui vont en s'accélérant et qui ne sont pas sans rappeler The Game, de David Fincher. L'idée est excellente, et les éléments de critique sociale bien amenés. Malheureusement, le scénario souffre de nombreuses incohérences, qui se révèlent de plus en plus criantes d'une épreuve à l'autre. De lourdes invraisemblances se multiplient et minent la crédibilité des situations, ce qui réduit l'efficacité du thriller horrifique qui s'installe. La réalisation de Sakweerakul aurait également gagnée à être resserrée, car le rythme du film s'étire inutilement dans le dernier droit, avant le coup de théâtre final. Celui-ci, bien qu'intéressant, survient après de trop nombreux choix scénaristiques ayant suscité la perplexité. Sa portée s'en trouve ainsi atténuée.
Malgré ce regrettable essoufflement en cours de route, 13 Beloved se situe très nettement au-dessus du niveau habituel des films de genre thaïlandais, et offre plusieurs scènes succulentes ainsi qu'un propos incisif dont on admirera la portée sociale, le questionnement moral et l'audace. Autant de preuves que Chookiat Sakweerakul est un jeune cinéaste talentueux - et l'un des plus prometteurs du cinéma de genre thaïlandais - dont on voudra suivre l'évolution de près au cours des prochaines années.